Pour pouvoir visualiser son contenu vous avez besoin de Adobe Flash Player.

Le Studio Culture Philosophie Tatau Tattoo Legendes Hygiene Contact Liens Shopping Tahiti 

Legendes

Légende de Hono Ura

Hono’ura est un géant tahitien dont la légende dépassa de loin les limites de son île. La voici d’ailleurs telle qu’elle est racontée dans les Paumotu.Ta’ihia était roi du mataiena’a (district) de Tautira dans la presqu’île de Tahiti-Iti. Il avait un frère appelé Ta’aroa qui dirigeait le district montagneux de Ta’aroa. Ce dernier avait un fils nommé Aua-Toa qui était marié avec Te-More-Ari’i-Vahine, la fille du roi du mataiena’a de Pu-na-au-ia.De cette union naquit un premier fils appelé Hono’ura. Celui-ci était caché dans une enveloppe appelée "Pu-maruea". Aua-Toa voyant cela dit: "C’est une masse informe, cela n’a rien d’humain, il faut l’enterrer". C’est alors qu’intervint l’esprit nommé Vero-Huti-i-te-Ra’i (en tahitien: "orage créé dans le ciel"). Il exigea que l’enveloppe soit portée dans la caverne Po-Fatu-Ra’a situé au flanc du mont Tahu’a-reva.De l’enveloppe dans la caverne surgit alors Hono’ura qui avait le pouvoir de grandir et de rétrécir à volonté. Il se nourrissait de pierre de la caverne et avait pour seul compagnon Vero-Huti-i-te-Ra’i. N’ayant pas de vêtements, il restait toujours dans la caverne. Pendant ce temps, ses parents eurent trois beaux garçons nommés Tai-ea, Tai-ranu et Tuma.Un jour, alors que Hono’ura était déjà adulte, Tautu, un ami du roi Ta’ihia se rendit à la caverne afin de prier le dieu Ra’a pour qu’il sanctifie une cérémonie religieuse. Il découvrit Hono’ura qui n’osait bouger, honteux de sa nudité. Tautu l’interrogea et Hono’ura déclina son identité.Tautu rentra en informer le roi Ta’ihia. La famille fut stupéfaite. La mère de Hono’ura se dépêcha de battre un grand pagne de tapa. N’osant s’y rendre eux-mêmes, les parents envoyèrent leurs trois fils accompagnés de guides du roi Ta’ihia amener le pagne et inviter Hono’ura à venir chez eux.Les visiteurs saluèrent Hono’ura et ils lui offrirent le pagne et de la nourriture. Il accepta la nourriture toute nouvelle pour lui mais refusa de les rejoindre. Conseillé par l’esprit, il leur dit qu’il sortirait le lendemain à l’aube. Les visiteurs quittèrent Hono’ura et répandirent partout la nouvelle.Le lendemain, une foule était assemblée dans la plaine qui faisait face au mont Tahu’a-reva. Hono’ura sortit vêtu de son pagne et se mit à grandir, grandir jusqu’à ce que sa tête dépasse les nuages couvrant la montagne. Les gens étaient émerveillés et des messagers de Ta’ihia l’invitèrent à venir chez le roi. Hono’ura ne répondit pas et chanta jusqu’au crépuscule. A ce moment, il réduisit sa taille et disparut.Pendant que Ta’ihia se préparait à recevoir Hono’ura, des guerriers des Paumotu du district de Hiva dans l’île de Paua-Tea attaquèrent son royaume et tuèrent le jeune chef guerrier Tui-Ha’a Ils emportèrent son corps comme trophée. Leur attaque réalisée, ils se replièrent à Ta-Kume dans les Paumotu, sauf leur chef, A’u-Roa qui se rendit en compagnie de quelques guerriers à Havai’i.Quand il apprit ce forfait, Hono’ura fut furieux. Il décida de sortir de sa retraite et de venger la communauté. Mais auparavant, il désirait mesurer sa force et voir de quoi il était capable. Il se rendit à Puna-au-ia, le district de sa mère et il y vit deux vieilles femmes qui arrachaient des taro près de leur fare qui surplombait la rivière.Il leur dit: "Vieilles Femmes, ronfleuses dans la rivière Punaru’u, votre maison est au niveau de la berge de la rivière ! Quittez ce lieu que les grandes eaux de Punaru’u puissent le submerger."Une des vieilles répondit: "Nous avons eu ici le champion Manu-te-A’a. Nous avons eu également Manu-te-Tape-Ari’i et Hi-ti-Mai-te-Ra’i qui nous ont menacées de destruction. Nous ne leur avons pas prêté attention et notre demeure n’a pas été enlevé de cette pente."Hono’ura fit une énorme boule avec des fougères et la projeta violemment dans la rivière. Ceci ne fit qu’éclabousser la maison. Les vieilles se moquèrent de Hono’ura, ce qui le mit dans une rage folle. Il sauta dans l’eau. L’inondation ainsi provoquée emporta le terrain sur lequel se trouvait la case et qui devint une île dérivante au milieu de la Punaru’u. Alors que le courant emportait leur fare, les vieilles, terrifiées, lancèrent leur taro sur la montagne. Celui-ci se pétrifia et est toujours visible aujourd’hui, commémorant cet événement qui fit alors sensation.Hono’ura se retira alors dans sa caverne jusque la fin de la période de deuil. Il partit alors pour les Paumotu avec ses frères et quelques guerriers. Il leur dit de mettre à l’eau la pirogue Aere. Mais ceux-ci ne parvinrent pas à la déplacer. Hono’ura chanta puis tira seul le bateau dans le lagon. Hono’ura trouva ensuite un arbre aito grand et mince et il s’en fit une énorme lance qu’il nomma Rua-i-Paoo (Tahitien: fissure qui consume).Ils s’embarquèrent d’abord pour Havai’i où se trouvait le chef A’u-roa et quelques uns des guerriers qui avaient effectué le raid sur Tautira. Avec l’aide de gens de Havai’i, ils les défirent, mais A’u-Roa parvint à s’enfuir vers Hiva dans l’île de Papa-tea aux Paumotu.Hono’ura et sa troupe les poursuivirent et arrivèrent à Hiva. Le roi de Hiva, Tu-tapu, leur demanda ce qu’ils venaient faire. Hono’ura répondit qu’il était à la recherche de A’u-Roa qui avait tué le brave Tui-ha’a. Le roi répondit que A’u-Roa n’était pas là et qu’ils ne pourraient l’atteindre car ils seraient tués par le monstre Tu-ma-tahi qui vit dans le lagon de Papa-tea.Hono’ura demanda où était le monstre. Le roi répondit qu’il était en mer pour se nourrir de purupuru (holothuries) et qu’il allait bientôt rentrer. Hono’ura et ses guerriers se dirigèrent alors vers la passe et s’installèrent sur le récif pour attendre le monstre Tu-ma-tahi. Le monstre arriva et voyant Hono’ura, il chercha à attraper sa tête. Il n’y parvint pas et essaya de couper Hono’ura en deux. Pour ce faire, il se mit de flanc et lorsqu’il ouvrit la gueule, Hono’ura lui planta sa lance, le transperçant de part en part. Le monstre était mort et le Tahu’a Pure du groupe chassa l’esprit de Tu-ma-tahi dans le Po.Récupérant sa lance, il constata qu’elle était ternie par le sang du monstre. Il la rebaptisa Rua-i-Havahava (Fissure souillée). Le roi Tu-tapu et son peuple étaient furieux de la mort du monstre qui les protégeait. Ils attaquèrent les tahitiens sur la plage. Ces derniers prirent le dessus et les Hiva se réfugièrent dans un Pa (fortin) fait de sable et de rondin. Les tahitiens assaillirent le pa avec succès, tuèrent le roi Tu-tapu et prirent sa lance comme forfait. Mais au lieu de ramener le corps du roi à Tahiti comme le voulait la coutume, ils eurent la bonté de le laisser aux Hiva. Ils détruisirent cependant le marae royal des Hiva et s’emparèrent du to’o (statuette) de leur dieu protecteur, Tu, et de celle de son messager, Ro’o. Ils emmenèrent la femme du roi pour en faire une épouse de Ta’ihia afin d’éteindre le conflit entre les deux peuples.Hono’ura et ses gens prirent la mer et arrivèrent dans l’île de Fakaau et s’installèrent dans une grotte non loin de la plage dans le district de Fare-marama dont les gens étaient favorables aux tahitiens. Hono’ura fit un trou dans une gourde et ordonna à son frère Tuma d’aller chercher de l’eau avec. Celui-ci y alla et essayant de remplir la gourde, s’aperçut de la supercherie. Trois princesses du district de Tupuna, appelées Te-’ura-tau-ia-po, Tu-tapu-hoa-toa et Ra’i-e-ho’o-ata-nua, vinrent à passer. Elles faisaient l’admiration des frères pour leur beauté. Elles virent Tuma et improvisèrent une chanson moqueuse à son égard du fait de la gourde percée. Celui-ci revint furieux au camp et se disputa avec son frère. Les princesses passèrent près de la caverne et Te-’ura-tau-ia-po, que Tuma appréciait particulièrement, dit en voyant Hono’ura: "Je ne m’éprendrai jamais de ce vilain monstre !". A son grand malheur, Hono’ura l’entendit.Peu de temps après, les frères organisèrent des réjouissances. Parmi les festivités, il y eut de nombreuses danses et Hono’ura et ses frères furent les meilleurs danseurs. Les femmes s’approchèrent pour les féliciter, celles de haut rang en premier lieu. Quand Te-’ura-tau-ia-po tendit la main à Hono’ura, celui-ci la reconnut et lui frappa la main avec une telle force qu’elle fut arrachée. La princesse meurtrie et humiliée rentra chez elle et mourut.Apprenant sa mort, Tuma partit à la recherche de l’esprit de la jeune fille pour le ramener dans son corps. Hono’ura l’apprit et devança Tuma. Apercevant l’esprit de la jeune femme, il le transperça de sa lance et l’esprit perdit toute sa force vitale. Ne voyant pas l’esprit arriver, Tuma alla voir s’il n’avait pas réintégré son corps et il rencontra Hono’ura. Malgré les dénégations de celui-ci, il comprit ce qui s’était passé.Hono’ura épousa Ra’i-e-ho’o-ata-nua et les guerriers tahitiens reprirent la mer pour se rendre à Ta-Kume. Ils passèrent à un endroit où deux courants marins se rencontraient. La pirogue Aere fut tellement secouée que la femme du roi Tu-tapu en mourut. Ils arrivèrent ensuite à Ta-Kume demeure du guerrier A’u-Roa et du dieu marin Te-A’u-Roa. Ils y trouvèrent le corps de Tuiha’a, ce qui augmenta leur fureur. Ils rencontrèrent la reine Maru-i’a qui leur dit que A’u-Roa n’était pas là et que leur dieu protecteur Te-A’u-Roa ne reviendrait qu’avec la saison des vents froids.Hono’ura sortit alors de sa gourde magique Te-Pori un brouillard froid appelé Hume-no-Ta’aroa (rosée de Ta’aroa) et chargea son esprit protecteur, Vero-huti-i-te-ra’i, de le répandre sur la région.Le dieu Te-A’u-Roa, qui avait la forme d’un immense poisson, pensant la saison des vents froids venue, se dirigea vers Ta-Kume. Voyant Hono’ura, il enfonça sa tête dans le sable. Les frères de Hono’ura voulurent le mettre en pièce, mais Hono’ura leur dit que le siège de l’esprit de Te-A’u-Roa se trouvait dans la tête. Il fit une prière chantée, lança son casque de plume dans le sable dégageant la mâchoire supérieure de Te-A’u-Roa et l’occit de sa lance.L’esprit de Te-A’u-Roa fut renvoyé dans le Po et la chair du poisson cuite et partagée entre tous pour être mangée, empêchant ainsi l’esprit de se venger. Hono’ura prit alors la reine et nombreux de ses gens comme prise de guerre, reprit le corps de Tui-ha’a et partit s’installer sur Na-Puka, une île déserte non loin de Ta-Kume.Hono’ura rêva que les dieux des Paumotu, l’esprit de la femme de Tu-tapu et l’esprit de Te-A’u-Roa convoquaient le chef A’u-Roa et de nombreux autres chefs de l’ouest des Paumotu pour venger les méfaits des tahitiens. Le lendemain, une grande flotte se présentait devant Na-Puka. Les tahitiens, prévenus par le rêve de Hono’ura, étaient cachés. Seules étaient visibles la pirogue Aere et la lance de Hono’ura. Hono’ura lança en l’air des coquillages se tenant à un arbre nono. Les coquillages retombèrent sur la face rouge, indiquant que les tahitiens seraient vainqueurs.Hono’ura alla au devant de ses adversaires et leur proposa de venir boire du ‘ava qu’il avait préparé à l’intérieur des terres et de voir la jolie femme Te-’ura-tau-ia-po. Ceux-ci pensèrent que Hono’ura ne savait pas ce qu’il faisait et décidèrent d’accepter l’invitation. Ils pourraient ainsi massacrer les tahitiens quand ceux-ci seraient ivres.Les guerriers débarquèrent et demandèrent ce qu’était cet énorme bout de bois sur la plage (c’était la lance de Hono’ura). Hono’ura répondit qu’il s’agissait d’une pagaie. Il leur fit ensuite emprunter un chemin très étroit qui les obligea à se mettre en file indienne. Le chemin traversait des fourrés puis des clairières de sables, ce qui dispersa les Paumotu. Les tahitiens cachés dans les fourrés les tuèrent petit groupe par petit groupe. Hono’ura fermant la marche s’empara de sa lance et tua les derniers de la file indienne.C’est ainsi que fut vengé le brave Tui-ha’a par Hono’ura..

Légende de Torea et Purea

Dans les temps lointains où Taaroa régnait en gloire, un couple regardait jouer les enfants sur la plage. Ce couple n'avait pas d'enfants car la femme était stérile ; mais, ils en désiraient.La femme dit à son mari :- Si nous demandions à Taaroa de nous aider ?Le mari la regarda avec beaucoup de peine.- Pourquoi mes paroles te rendent-elles si tristes ? lui demanda-t-elle.Il leva la tête et répondit :- Pureva, Pureva iti here, si nous demandons à Taaroa de nous aider, il nous faudra être dignes de lui et subir les épreuves qui seront peut-être dures à supporter. Il faudra penser aux dons et nous sommes très pauvres ! Nous avons tout juste notre pirogue et quelques maro ! (tapa).- Torea iti e, répliqua Pureva, nous avons aussi notre plantation de taro et nous pourrons lui faire honneur ! J'ai tant envie d'un enfant !Devant l'insistance de Pureva, Torea prit la main de sa femme et la caressa tendrement.- Nous ferons tout notre possible pour convaincre Taaroa.Torea était un bel homme. Pureva était aussi d'une grande beauté ; ses cheveux étaient si longs qu'elle pouvait se couvrir le corps tout entier.- Pour offrir un sacrifice agréable à Taaroa, dit Torea, il faudra que je lui fasse un "ùmete" pour le remplir de dons ; pour cela, je dois couper l'arbre qui couvre notre maison.Pureva se jeta sur son mari et lui dit : Torea, Torea iti, pourquoi veux-tu couper cet arbre ? Ses racines suffiront pour faire un ùmete. Torea dit à Pureva- Je ne puis couper les racines et laisser le tronc ! Il en souffrirait beaucoup !- Laisse-moi faire, répondit finalement Pureva.Elle s'approcha de l'arbre et lui fit part de leur projet. L'arbre secoua ses branches en guise de refus. Mais Pureva le supplia de l'aider. L'arbre resta muet.Torea contemplait la scène de loin.Pureva ne se découragea pas. Elle se mit à genoux près de l'arbre, et le supplia de lui venir en aide. Dans sa grande détresse, Pureva laissa tomber de grosses larmes sur les racines. Voyant cela, l'arbre accepta le sacrifice en soupirant : Aue hoi au i te àti e (Je vais beaucoup souffrir).Et l'arbre se courba afin de résister à la douleur. Torea s'approcha de l'arbre et coupa l'une des plus grosses racines.Quand la racine fut coupée, il dit à l'arbre :- Par ton courage, tu nous as permis de réaliser notre rêve. Pour te remercier de ce sacrifice, tu ne porteras plus le nom de Tumu Rau ; je te donnerai un nom qui sera au-dessus de tous les noms que Taaroa pourrait te donner. Tu t'appelleras désormais : "Tumu àti".Et l'arbre porta ce nom jusqu'à nos jours. Torea creusa dans la racine coupée et en sortit un très beau ùmete.Pureva demanda alors à son mari :- Tu as le ùmete, que nous faut-il encore ?- Demain, j'irai à la cueillette des fruits. Ils devront être de couleur rouge et jaune.Le lendemain à l'aube, Torea partit à la cueillette des fruits dans la vallée où se trouve Moua piri.Pureva resta à la maison pour préparer les offrandes. Elle mit de côté les trois maro de couleur rouge, marron et blanche. Elle mit aussi deux de ses nattes de cheveux entourées de fibre de coco tressé.De retour à la maison, Torea appela sa femme.Pureua lui présenta le beau ùmete contenant les offrandes qu'elle y avait mises.Torea se hâta de retirer du Tapora (haapee) les fruits qu'il avait cueillis, et les mit dans le ùmete.Quand tout fut prêt, ils prirent leur maro de cérémonie. Torea se noua les reins d'une corde de purau, prit le ùmete rempli de fruits, et ils se hâtèrent d'aller au marae offrir leurs dons à Taaroa.Non loin du marae, Torea fit signe à Pureva de s'arrêter. Il posa le ùmete à terre, et grimpa dans un arbre pour voir s'il n'y avait personne au marae ni dans les alentours, car Torea était un jeune guerrier et son intervention au marae sans ses aînés aurait paru suspecte. Il savait qu'il y avait un TAPU à ne pas enfreindre.Il descendit de l'arbre, prit le ùmete et s'avança lentement vers le marae. Il s'arrêta encore une fois, cassa une branche de rau-ava (miro), la jeta devant lui.Enfin, il pénétra dans l'enceinte du marae.Pureva se tint à l'extérieur du marae sacré.Arrivé devant le ahu, Torea déposa le ùmete et son contenu, se prosterna, puis recula de quelques pas la tête baissée en signe de respect. Il s'agenouilla et plaça le pied gauche sur le pavage non loin des dons ;puis, à voix haute, il dit :- Taaroa, tu es le Dieu de mes ancêtres et le Dieu de la Fécondation. Je t'implore de nous venir en aide en nous donnant un enfant.Il répéta trois fois les mêmes paroles, puis dit :- Montre-nous un signe.Soudain, une fumée enveloppa le ùmete. Torea prit peur et recula de quelques pas. Alors, il entendit une voix venant de la fumée qui disait :« Torea, ce soir même, je te donnerai une réponse ; il te faudra beaucoup de courage, à toi et à ta femme. »Puis, la voix se tut. Torea sortit du marae en se prosternant. Le soir même, Torea fit un rêve. Il vit Taaroa assis sur une grande pierre. Près de lui était enroulée une énorme bête.A la vue de cet animal, Torea recula de frayeur.Il entendit une voix qui lui disait :« N'aie pas peur, mon fils. La bête que tu viens de voir est tout simplement mon esprit. Tu m'as demandé un enfant : ta demande est accordée. Ta femme Pureva aura un enfant. Tu lui donneras le nom de "Teave Ura Puroaata". Cet enfant sera différent des autres car mon esprit sera en lui. Il te faudra, de même qu'à ton épouse, beaucoup de patience et de courage. Tu l'élèveras et le protégeras pendant vingt ans. Au bout de ces vingt ans, un miracle se produira. Si tu respectes notre pacte, tu seras l'homme le plus heureux de la Terre. »Et le rêve prit fin.Le lendemain, à la première heure, Torea raconta son rêve à Pureva qui pleura de joie.Quelques mois plus tard, Pureva se trouva enceinte. Le couple possédait une petite maison à proximité de la plage, mais très éloignée des autres habitations.Un soir, Pureva accoucha. A la vue de l'enfant, Torea bondit sur sa hache et s'avança vers le nouveau-né. Tous ces déplacements réveillèrent l'enfant qui se mit à crier. Surpris par ces cris, Torea baissa sa hache et contempla l'enfant qui était un gros bébé cent-pieds.Il resta un long moment à le contempler, ne sachant que faire. Brusquement, il se rappela les paroles de Taaroa : "Ce n'est pas un enfant comme les autres. Mon esprit sera en lui ; tu le protégeras et l'élèveras pendant vingt ans".Torea dit à sa femme :« Nous avons fait une promesse à Taaroa et nous devons la tenir. »Pureua était comme paralysée à la vue de l'enfant.Le père prit le petit dans ses bras et le caressa tendrement. La bête pleurait si fort que Torea comprit qu'elle avait faim. En la déposant près de Pureva, elle s'empressa de grimper pour têter.Des mois passèrent et le petit être grandit.Il suivait partout ses parents et comprenait tout ce qu'on lui disait. Il se nourrissait de noix de cocos et de fruits.Les années passèrent et le petit cent-pieds devenait de plus en plus gros. Son père l'aimait beaucoup.Un jour, dans le champ, deux hommes attaquèrent Torea.Le cent-pieds sortit des broussailles et tua les deux hommes.Torea et Pureva, voyant la scène, prirent peur.Pureva chuchota à l'oreille de son mari :« Un jour, il pourra nous tuer. Sa force est considérable. »Torea lui répondit :« Sois patiente ; il ne nous reste plus que quelques mois. »Pureva ne pouvait plus supporter la compagnie de ce cent-pieds.Quelques mois passèrent.Il y eut une grande sécheresse dans l'île. La nourriture manquait. Le cent-pieds n'avait pas à s'en inquiéter car il avait toujours des noix de cocos pour se nourrir. Quant au couple, il se souciait du manque de nourriture.A plusieurs reprises, Pureva demanda à Torea d'abandonner leur enfant sur l'île. Torea fit la sourde oreille. Mais la sécheresse avançait de plus en plus et la bête commençait à se dresser sur ses petites pattes pour voir les quelques noix de cocos qui restaient.Voyant cela, Torea accepta la proposition de sa femme d'abandonner le cent-pieds.Leur plan de fuite s'arrangea avec l'arrivée d'unepirogue-double dans les parages.Pureva dit à son mari :- Nous ne pouvons partir sans l'éloigner car il nous suivra.- Demain, tu resteras à la maison pour préparer notre départ, décida Torea, tandis que j'irai comme d'habitude au champ.De bonne heure, il partit en compagnie du petit. Arrivé au champ, il dit au cent-pieds de grimper aux cocotiers, de descendre les noix et de les décortiquer. Le cent-pieds ne se le fit pas dire deux fois. Il grimpa au cocotier et Torea fit semblant de travailler.Quand il vit le cent-pieds occupé à décortiquer les noix de coco, il prit la fuite.De retour chez lui, Pureva était prête. Torea jeta un dernier regard à sa maison, puis vers la vallée où il avait laissé le petit. Il avait le cœur serré à la pensée d'abandonner son petit cent-pieds.« Partons avant qu'il ne soit trop tard », dit-il. Torea prit leur pirogue et rama vers la pirogue-double qui les attendait plus loin. Le cent-pieds avait l'habitude, une fois son travail fait, de pousser des petits cris pour prévenir son père que le travail était accompli, et donc, qu'il avait le droit de boire la première noix ; car, selon la coutume maohi, celui qui grimpe au cocotier reçoit à sa descente les premiers fruits.Il regarda autour de lui : personne. Il grimpa au cocotier pour mieux voir : personne. C'était la première fois que son père disparaissait sam le prévenir. Il descendit, fonça vers la maison et la trouve vide. Il jeta un rapide coup d'oeil aux alentours et remarqua que la pirogue de son père avait disparu. Le cent-pieds se rendit compte que ses parents l'avaient abandonné. Il grimpa sur un énorme fara, et de là, vit ses parents sur une pirogue-double qui prenait le large. Il cria de toutes ses forces, mais aucune réponse ne lui parvint. Il descendit désespéré et partit vers la plage. Il trouva un bois qui flottait, se mit dessus et nagea vers la pirogue-double.Taaroa vit la scène et envoya le roi des requins : "Heitarauri te arii o te mao" pour protéger le cent-pieds des dangers de la mer.Vers l'après-midi, le cent-pieds aperçut la pirogue-double. Il lança des cris de détresse que seuls Torea et Pureva pouvaient comprendre.« J'ai entendu la voix de notre enfant ; il n'est pas loin » dit Torea.Aussitôt, la femme donna l'ordre au Capitaine de tuer le cent-pieds s'il cherchait à grimper à bord.Quelques heures plus tard, on vit le cent-pieds accompagné d'un énorme requin. En s'approchant de la pirogue-double, le cent-pieds émit des cris de joie. Il tourna autour de la pirogue, mais ses forces lui manquaient.Il se hissa à bord avec beaucoup de peine. Le Capitaine en profita pour lui couper le ventre. Le requin vit la scène et, furieux, frappa la pirogue de toutes ses forces. Le Capitaine perdit l'équilibre, bascula, et se trouva dans les grosses vagues. Le requin eut vite fait de le dévorer.Un miracle se produisit sur la pirogue.Un beau jeune homme à moitié mort sortit du corps du cent-pieds blessé. C'était le fils de Taaroa.Il ouvrit les yeux et reconnut sa mère. Il lui dit :« Ma petite maman, j'ai froid. Prends-moi dans tes bras. »La mère saisit l'enfant dans ses bras.« Pourquoi n'as-tu pas attendu. Il me restait tout juste quelques jours pour quitter ma carapace. Maman, je t'aime tant, dit le blessé d'une voix faible. »La mère supplia Taaroa de lui laisser l'enfant. Le père se crispa de douleur devant la scène. Le fils regarda son père et lui dit :« Taaroa a tenu sa promesse, mais il n'en est pas de même pour toi. Je vais retourner vers mon père ; mais, avant de vous quitter, je vais vous laisser un souvenir qui restera à jamais gravé dans le cœur des hommes. Accorde-moi une dernière faveur : tu laisseras mon corps sur la petite colline non loin de notre maison. »Le père exécuta les dernières volontés de son fils. Le lendemain, il retourna sur les lieux et ne trouva plus le corps de son fils.A la place du corps poussait une grande touffe de maiàu tafai.

Le réveil de RuahatuIl y a bien longtemps après la création du monde, vivaient à Opoa dans l‘île de Raiatea, deux amis d’enfance Teahoroa et Ro’o. Un jour ils s’en allèrent pêcher du coté du récif et arrivèrent à coté d’un petit îlot situé près de la grande passe de Ava Rua, le motu To’a marama (Rocher de la lune), où ils trouvèrent beaucoup de poissons.Sans s’en rendre compte, ils étaient juste au-dessus de la grotte de corail où habitait Ruahatu Tini Rau, le dieu de l’océan. Ro’o et Teahoroa jetèrent leurs lignes, des hameçons attachés à des pierres, mais l’une d’entre elles tomba sur la tête de Ruahatu. Celui-ci se réveilla en sursaut et, en passant sa main dans ses cheveux, il saisit brusquement la pierre et l’hameçon. Ro’o et Teahoroa voyant les secousses violentes de la ligne crurent que c’était un poisson qui se débattait. Ils remontèrent la ligne et tout à coup, ils aperçurent des cheveux longs et épais qui étaient pris dans l’hameçon. Ils prirent peur et s’écrièrent « Malheur à nous c’est un homme et pas un poisson ! C’est un monstre des profondeurs. Nous sommes perdus ! »La vengeance de RuahatuRuahatu se hissa dans la pirogue et regarda les deux hommes d’un air mauvais, puis leur demanda « Qui êtes-vous tous deux ? »Teahoroa répondit : « Nous sommes Ro’o et Teahoroa ! Nous sommes fautifs d’être venus sur ce lieu sacré pour y pêcher, mais pardonne-nous ! Nous ne reviendrons plus ! ». Alors Ruahatu demanda « Avez-vous des parents dans le pays ? »« Oui nous avons des parents à Opoa et c’est pour cette raison que nous sommes venus ici, à To’a marama, pour pêcher. »« Avez-vous des femmes dans le pays ? »« Oui, nous avons des femmes dans le pays. »« Avez-vous une famille royale ? »« Oui, nous avons une famille royale. »« La princesse Airaro qui est chérie des dieux de l’océan est-elle là ? >« Oui, elle est là ».« Avez-vous des enfants dans le pays ? »« Oui, nous avons des enfants et des petits-enfants. »Raiatea sera submergée par la mer dès ce soir« Je suis fâché après vous parce que vous m’avez dérangé, vous m’avez fait du mal » dit Ruahatu qui leur annonça alors sa terrible vengeance : « Raiatea sera détruite toute entière. Elle sera submergée par la montée de la mer. Je ne couperai pas seulement les extrémités des branches, je déracinerai tout. Cette nuit je submergerai le mont Te Mehani. C’est moi Ruahatu, Dieu du puissant Océan ! ». Mais Ruahatu, qui était amoureux de la princesse Airaro, précisa toutefois « Tous ceux qui viendront se réfugier sur le motu To’a marama seront sauvés. Ne vous attardez pas ! »Ro’o et Teahoroa reprirent le chemin d’Opoa et un sentiment d’angoisse les envahit tandis qu’ils allaient prévenir leurs familles, leurs femmes, leurs enfants et leurs petits-enfants ainsi que la famille royale. Comme ils s’approchaient du rivage, les gens s’aperçurent que leurs cheveux se dressaient sur leur tête, tellement ils avaient peur. Ils déclarèrent à la foule sur la plage « Venez, rendez vous tous immédiatement sur le motu To’a marama pour vous y réfugier. Le dieu Ruahatu nous a chargé de vous dire que personne ne doit rester sur l’île cette nuit. Par notre faute nous avons provoqué sa colère et bientôt le mont Te Mehani sera sous la mer. Personne ici ne sera épargné. Seuls les humains, poulets, chiens, cochons et rats qui se rendront sur le motu To’a marama seront sauvés. »L’arche To’a manavaLes deux hommes retournèrent rapidement chez eux et firent embarquer dans leurs pirogues tous les membres de leur famille qui voulurent bien donner foi à cette incroyable nouvelle. Ils emmenèrent également un couple de chaque animal qui vivait sur l’île : cochon, chien, coq et rat… De leur coté, le roi Tane Upoto et sa fille Airaro réunirent rapidement tous les membres de la famille royale. Ainsi tous ceux qui avaient cru au message de Ruahatu, le dieu du puissant océan, embarquèrent dans leurs pirogues et, sous le commandement de la princesse Airaro, ils partirent se réfugier sur le motu To’a marama. Mais d’autres habitants ne voulaient pas y croire et en riaient. Certains s’en moquaient, d’autres faisaient la sourde oreille. Ils étaient comme les oreilles des figures de proue, de sorte que les paroles de Ro’o et de Teahoroa ne pouvaient entrer dans leurs oreilles. Tous les oiseaux, araignées et insectes, ombres des dieux furent emportés dans le ciel par leurs dieux respectifs.Le délugeAu bout de quelque temps la population entendit le murmure de la mer, le craquement des branches brisées par les vagues et le bruissement du corail, ainsi que le grondement de la mer qui recouvrait petit à petit le récif. Leur lieu de refuge, le motu To’a marama, était semblable à un bateau, une arche, au milieu de l’océan. Il resta sec grâce à la présence de la princesse Airaro, chérie du dieu de la mer. Au fur et à mesure que la nuit s’avançait, la mer grondait et s’élevait au-dessus de la terre. Lorsque la lune se leva, ils constatèrent, que le mont Te Mehani était complètement submergé, on ne voyait plus qu’un océan lisse. Mais le petit motu sur lequel ils se trouvaient ne fut pas atteint par la mer. II resta exactement comme il était.Tout a été balayé par la merTous tombèrent alors dans un profond sommeil qui dura jusqu’au jour. Le matin, à leur réveil, ils aperçurent la mer qui retournait à l’océan. Dans la matinée, la marée fut basse et le récif sortait de l’eau. La mer était si calme qu’on n’aurait jamais cru qu’elle avait été si furieuse quelques heures plus tôt. Les gens regardèrent vers la terre et virent que toutes les branches étaient brisées et que de nombreux arbres étaient déracinés. En s’approchant en pirogues, ils aperçurent des rochers couverts de vase, des branches de corail et des poissons morts, ainsi que des coquillages de toutes sortes sur la plage. Il n’y avait personne à l’intérieur de l’île, ils avaient tous été balayés par la mer. Il n’y avait plus de maisons, les temples s’étaient écroulés, plus d’oiseaux qui volaient, pas de cochons creusant la terre, pas de coqs chantant, pas de chiens courant à droite et à gauche et pas de fruits sur les arbres. Tout était désolé, tout était nettoyé. Les pentes des collines et les terrains élevés étaient couverts de choses mortes, de coquillages, de branches, de corail et de rochers. Les rescapés rentrèrent dans leur pays à Opoa et se trouvèrent sans nourriture. Ils durent manger de la glaise rouge et du poisson, ce qui leur sauva la vie.Le renouveauEn une nuit les arbres se remirent à bourgeonner et au bout d’un mois le pays retrouva son manteau de verdure. Alors toutes les nourritures vinrent en leur saison. Ainsi furent épargnées la famille royale et la population qui était issue de la période des ténèbres, ainsi que les animaux du pays. Le pays fut repeuplé par eux. Les oiseaux, les araignées et insectes furent envoyés des cieux à leurs emplacements respectifs, et, au bout de peu de temps, le pays était dans l’état où il se trouvait avant d’être submergé.

Légende Ruahatu



Studio de Tatouage Ollioules Var

Copyright manaotiki tattoo 2010

C